Octobre Au fil des mots

Un mois, au fil des mots…

Octobre

Dans le tourbillon de l’automne, Octobre est arrivé. Et Octobre a filé.

Au fil du mois, des mots ont rythmé les heures et les jours. Ils ont orné mes carnets ou trouvé leur place dans mes collages ou tourné encore et encore dans mon esprit. Je profite de ce billet pour les poser ici, pour qu’ils résonnent et trouvent écho ailleurs peut-être.

Certains mots ont de jolis sons… et s’accordent bien à l’automne… Ce sont ces mots choisis que je souhaite partager avec vous dans ce petit billet automnal.

Listopad, ce mot d’origine slave représente la cascade mélancolique des feuilles d’automne qui tombent, symbolisant la beauté éphémère du changement saisonnier. Et même si les jours de tempête et de grands vents ont plutôt fait voler en tout sens bien des feuilles de nos grands arbres, le feuillage doré a offert bien des cascades douces à d’autres moments, en particulier en cette fin de mois ensoleillée.

Psithurisme, quant à lui, désigne le doux murmure du vent dans les arbres . Ce mot rare et délicat, vient du grec «  psithuros » qui signifie « chuchotement ». Il évoque cette sensation paisible que l’on ressent en écoutant les feuilles bruire sous l’effet d’une brise légère, comme si la nature elle-même chuchotait des secrets. La présence des arbres autour de la maison offre non seulement refuge à bien des oiseaux ou autres insectes mais elle offre aussi un doux bruit qui ressemble à celui des vagues et celui du bord de mer. Je me plais à imaginer la nature murmurant des secrets, d’un arbre à un autre, avant l’hiver qui vient.

Pétrichor, ce mot roule dans la bouche comme un bonbon au miel, c’est l’odeur agréable de la terre après la pluie et cette terre recouverte de feuilles par endroits exhale des parfums profondément ancrés dans cette période automnale. Des senteurs douces et humides évoquent le parfum des champignons, des écorces, des bois endormis. J’ai toujours aimé cette odeur, en été, après l’orage, lorsqu’avec la chaleur les gouttes s’évaporent et dégagent cette odeur si particulière. Et j’aime encore plus cette odeur de sous-bois en automne, après la pluie.

Koselig. D’origine norvégienne, ce mot évoque l’art de créer une atmosphère chaleureuse et réconfortante. Un état d’esprit où l’on trouve la joie dans la simplicité, l’intimité et le lien avec les autres et la nature. J’aime bien des mots d’origine scandinave et celui-ci tout particulièrement. Lorsque les jours raccourcissent, lorsque la lumière se fait moins présente, il est si agréable de retrouver ce genre d’atmosphère. On y goûte des joies simples, comme celles de boire une tasse d’herbes aromatiques du jardin potager que l’on aura pris le temps de récolter, de faire sécher et de mettre en bocal. Ou bien encore comme celle de lire à la lumière tamisée dans un fauteuil confortable, comme celle d’écouter le chant d’un ou plusieurs rouge-gorge, chant aux milles nuances en automne ou d’observer le vol d’un rapace diurne ou nocturne. Et la période d’octobre et novembre, avec ses jours de plus en plus courts est propice à se retrouver dans la chaleur de la maison… Et les jours de soleil, comme c’est le cas aujourd’hui alors que j’écris ces mots, il est doux de profiter de la lumière entre les branches du soleil qui descend.

Meraki,autre joli mot, grec pour celui-ci, qui signifie l’art de mettre une part de soi dans tout ce que l’on fait. Un geste fait avec âme, passion et authenticité, où l’on laisse une trace de son essence. Une trace peut-être de son moi profond. J’aime à croire également que dans tout ce que je fais, je mets une part de moi. De ma sensibilité, de ma poésie du quotidien, de mes sentiments, de ma tendresse, de ma joie… dans les photographies que je prends, dans les gâteaux que je prépare, dans mes petites broderies, dans mes carnets…Dans mon quotidien. Et c’est important il me semble de laisser du vrai, des traces dans nos gestes au fil des jours.

Lagom, je retourne en Suède. Par la pensée. Je voyage beaucoup dans les livres. Et ce mot, découvert dans l’un d’eux, après celui du hygge, évoque aussi un mode de vie qui résonne bien ici et qui me fait cheminer. Ni trop, ni trop peu. Juste ce qu’il faut. Un art de vivre en équilibre avec soi-même, les autres et la nature. Pas de sacrifice. Pas d’excès. Le goût du « suffisant » dans un monde qui pousse au « toujours plus ». Je ne dis pas que j’y arrive mais c’est une façon d’appréhender la vie qui me plaît et vers laquelle j’essaie de tendre. En évitant de céder à la consommation à outrance, et en goûtant à ces petits bonheurs qui ne coûtent rien tout en nous faisant plaisir sans ostentation.

Je terminerai ce billet avec deux derniers mots japonais que j’aime beaucoup et qui s’enracinent parfaitement bien dans cette saison.

Komorebi ou la lumière qui filtre à travers les feuilles des arbres. L’art éphémère de la lumière qui se fait peinture vivante. Si l’on peut admirer ce phénomène en toute saison, c’est en automne, lorsque le soleil descend sur le feuillage des hêtres à la maison à la couleur jaune dorée, que j’aime le plus m’émerveiller devant cette lumière. Je ne me lasse pas de regarder les branches et les feuilles à l’entrée de notre maison qui encadre notre vieille grille. Si j’étais peintre, je crois que j’essaierai de capturer cette douce lumière pour la faire entrer dans notre intérieur pour l’hiver.

Yutori, l’acte de ralentir intentionnellement pour simplement être, respirer, écouter et apprécier la beauté de la vie et de la nature. Je crois que c’est ce qui m’anime le plus en particulier lors des temps de vacance, je l’ai apprécié cet été en chartreuse et dès que je le peux, je recherche cette intention. C’est sans doute en marchant que je peux retrouver ce sentiment d’être, de respirer et d’intérioriser ce beau qui m’entoure, afin qu’il prenne plus de place que ce qu’il peut y avoir de laid dans ce monde.

Je ne savais pas vraiment où mes mots me conduiraient je l’avoue lorsque j’ai commencé à écrire ce rendez-vous d’Octobre et je suis finalement heureuse d’avoir rempli mon esprit de ces autres mots peu courants, qui pour la plupart viennent de loin mais résonnent d’une belle façon. Je souhaite que ceux ci remplissent également votre quotidien peut-être. Novembre est là. Plus encore, il va nous falloir apprivoiser les ombres et les jours de plus en plus courts. Je vous retrouve tantôt.

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